Entretien avec un ex-diplomate canadien

 M. Raymond Chrétien, ancien ambassadeur canadien. Photo © Marc-André Pauzé - Tous droits réservés

M. Raymond Chrétien, ancien ambassadeur canadien. Photo © Marc-André Pauzé - Tous droits réservés

Par Nathalie Sentenne

Raymond Chrétien, ancien diplomate canadien, est né en 1942 à Shawinigan (Québec, Canada). Il a étudié au séminaire de Joliette et à l’Université Laval en droit, tout comme son oncle l’ancien Premier ministre du Canada Jean Chrétien. Il est admis au barreau du Québec en 1966 et occupe divers postes à Ottawa dans la fonction publique. C’est en ex-Zaïre (1978-1981) qu’il sera nommé pour la première fois ambassadeur, à l’âge de 35 ans; ce qui fera de lui le plus jeune ambassadeur de l’histoire de la diplomatie canadienne. Il a aussi représenté le Canada au Mexique (1985-1988), en Belgique (1991-1994), aux États-Unis (1994-2000) et en France (2000-2003). En 1996,  il a été envoyé spécial des Nations Unies dans la région des Grands Lacs pour y faire des recommandations suite au génocide rwandais.

Le 17 novembre dernier avait lieu, à la bibliothèque du Cégep de Joliette, une conférence avec l’ex-ambassadeur. Voici un extrait de l’entretien qu’il a donné devant plus de deux cents étudiants, professeurs et membres de la communauté lanaudoise.

NS: Vous nous faisiez part, lors de votre allocution, de vos inquiétudes face à la guerre civile en République Démocratique du Congo qui perdure depuis une quinzaine d’années où près de 5 millions personnes y ont perdu la vie, sans oublier toutes les centaines de femmes qui subissent le viol à chaque jour. Vous avez mentionné les relations tendues entre ethnies, de la présence de minerais, mais vous avez oublié de mentionner la présence de compagnies minières canadiennes qui exploitent ces minerais. Vous qui avez été ambassadeur et envoyé spécial des Nations Unies dans cette région que répondez-vous au rapport de l’ONU qui soutient que certaines compagnies canadiennes y auraient violé des droits humains en RDC. Ces companies n’alimentent-elles pas le conflit lorsque l’on sait que c’est en vandant les minerais que les factions achètent des armes?

RC: Il faut se tenir à l’écart de ces compagnies. Cela fait une mauvaise réputation au pays. Il y a par ailleurs un code d’éthique (pas encore approuvé) concernant ce problème qui a été proposé par un député libéral. C’est un débat difficile, car il y a beaucoup de compagnies minières canadiennes. Parfois, c’est le pays hôte qui fait la vie dure aux compagnies minières, mais la majorité des compagnies minières canadiennes sont correctes.

NS: La Chine a plusieurs fois été critiquée pour avoir bafoué les droits de la personne. Plusieurs pays, dont le Canada, font fi du manque de démocratie afin de conclure des ententes commerciales avec la Chine. Le Premier ministre du Canada Stephen Harper ne s’est pas abstenu de critiquer la Chine depuis son élection; ce qui lui a valu plusieurs blâmes, entre autres d’une personne que vous connaissez bien, l’ancien Premier ministre Jean Chrétien. Mais M. Harper change de ton et se rendra prochainement en Chine. Comment peut-on à votre avis, empêcher certains pays africains de recevoir de l’aide au développement à cause de leur manque de démocratie et en même temps faire des « affaires » avec la Chine où la démocratie est inexistante?

RC: L’émergence de la Chine est un des événements les plus importants des dernières années. Les problèmes de la Chine sont énormes. La pauvreté est encore présente, mais la Chine s’enrichit. Il y a aussi les problèmes environnementaux. M. Harper a mal commencé: Il n’est pas allé à l’ouverture des jeux olympiques et il a invité le Dalaï-Lama au Canada. C’est difficile de faire la morale a un pays aussi populeux. La meilleure solution est de soulever les droits de l’homme, mais pas de façon publique sinon cela nuit aux intérêts économiques. Vous avez entendu Obama hier à Pékin, il y est allé plus délicatement. Je ne sais pas si l’économie surpassera la politique, mais l’on doit continuer à avoir des rapports commerciaux avec ce pays, c’est un pays trop important.

NS: Vous avez déjà affirmé que la guerre en Afghanistan était une guerre juste. Pouvez-vous nous expliquer votre point de vue lorsque plusieurs analystes affirment que cette guerre  est de toute façon perdue d’avance … Surtout lorsque plusieurs soutiennent que les États-Unis ont aidé les Talibans à prendre le pouvoir en 1996, fermant du coup les yeux sur leur régime au profit d’intérêts géopolitiques, comme la présence d’un pipeline trans-afghan qui passe dans cette région?

RC: Oui, j’ai affirmé que c’était une guerre légale et juste. Cette guerre, contrairement à celle d’Irak, a eu l’accord des Nations Unies. La situation était légitime, étant donné l’ennemi qui s’y trouvait. Plusieurs pays d’Europe refusent maintenant d’envoyer des troupes dans ce pays. Je pense que le Canada ne restera pas après février 2011, même si les pressions seront fortes pour y rester. Les talibans sont chez eux, ils connaissent le territoire et savent que les autorités externes n’ont jamais pu avoir le contrôle.  Cette guerre ne sera pas gagnée et on parle maintenant d’inclure des talibans modérés au sein du gouvernement. Il faut maintenant se concentrer sur le Pakistan qui a l’arme nucléaire.

Sa visite a suscité divers commentaires d’étudiants et étudiantes. En voici quelques-uns:

“Je ne m’attendais pas à ce genre de conférence, témoigne Roxanne Plourde. Je ne savais pas vraiment ce que faisait un diplomate. Je pensais qu’il allait nous parler d’un parti politique comme pour nous convaincre de quelque chose. Toutefois, il répondait aux questions, mais sans jamais vraiment y répondre? C’est ça un diplomate?”

Myriam Amstromg répond avec un grand signe de tête: ” J’ai vraiment aimé ça. Il est vraiment un bon orateur. C’est fascinant d’entendre la vie d’un ambassadeur.”

Guillaume Hénault est aussi satisfait de la conférence: “Il est un très bon orateur, ça m’a donné le goût d’aller dans ce domaine. Il s’est transmettre sa passion. Il nous a mis à l’aise et j’ai bien aimé entendre ses histoires.”

Maud Pomerleau Gauthier partage un autre point de vue. “C’est tout de même déprimant de voir comment fonctionne le monde dans lequel nous vivons. Il semble qu’on ne puisse pas faire grand chose pour régler les vrais problèmes. La conférence m’a fait réfléchir”.

One Response to “Entretien avec un ex-diplomate canadien”

  1. [...] qu’il pensait des plaintes envers certaines compagnies minières canadiennes en RDC (cliquez ici pour voir l’intégrale de sa réponse). Il nous mentionnait le dépôt d’un code [...]